Un pied d’égalité

Un pied d’égalité

Elles ne sont pas bien nombreuses dans le monde des arts martiaux traditionnels à occuper les fonctions d’instructrice. Il faut dire que, héritée des âges, la pratique de l’aïki-jujutsu et du Iaïdo proposée par le CATS - Club des arts traditionnels sottevillais – provient de techniques japonaises martiales du 16ème siècle ; autant dire d’une époque et d’une société versant plutôt dans le patriarcat. « A part Tomoe Gozen, rare femme samouraï faisant figure de légende, notre discipline ne véhicule pas beaucoup d’images féminines » confirme Laurence Cei-Saurel.

Pourtant, l’instructrice ne se sent pas « plus féministe que ça. Mon parcours n’est pas celui d’une femme qui veut percer dans un univers d’hommes mais bien celui d’une adepte des arts martiaux qui se décide à passer son brevet d’instructeur pour continuer à pratiquer. » A la faveur d’une mutation professionnelle, Laurence et son mari s’installent en effet à Sotteville en 2014 et se voient éloignés de plusieurs centaines de kilomètres du premier club d’art martial. « Il n’y avait pas 36 solutions pour continuer : nous avons créé le CATS ». Arnaud Cei-Saurel choisit l’administration et Laurence se lance dans le passage du brevet. « Ainsi, nous sommes aujourd’hui une dizaine de licenciés et proposons 3 cours : le sabre (Iaïdo), l’aïki-jujutsu (l’art de se défendre à mains nus) et le self-défense. Notre discipline ne fait pas de différence de sexe, d’âge ou de poids, l’idée est plutôt de travailler par niveau. Il n’y a pas de compétition. On travaille le développement personnel : savoir respirer, se déplacer, se concentrer… Nous le faisons sur la base des enseignements de Takeda-ryu Maroto ha. C’est notre école de référence. »

Très épanouie dans son rôle, Laurence ne nie pas certaines difficultés. « Bien sûr, j’ai pu entendre que certains hommes ne souhaitaient pas apprendre sous les ordres d’une femme. Je sais aussi que certaines femmes ont quitté des clubs où elles ne réussissaient pas à trouver leur place. Pour ma part, j’ai pu ponctuellement être confrontée à des attitudes sexistes. C’est indéniablement un milieu masculin. Mais la pratique apporte la sagesse et les anciens recadrent les plus jeunes tentés par un comportement irrespectueux, voire par la fausse galanterie de retenir leurs coups face à une femme. » Dans cette pratique ou la capacité de mobiliser son énergie est bien plus efficace et attendue que celle de déployer sa force physique, Laurence se félicite d’une chose : « homme ou femme, jeune ou moins jeune, nous sommes sur un pied d’égalité face à la discipline »

Club des arts traditionnels sottevillais, tél. 06 10 09 20 41 – blog : cats-maroto-ha.blogspot.com